Avant d'évoquer la deuxième journée de la compétition, une image de celle de la veille nous reste à faire partager. On se permet de la dessiner à gros traits, sans livrer pour autant d'interprétation ou de morale à l'histoire. On complétera en toute liberté les pointillés. Hier soir, en quittant le théâtre, un théâtre presque vidé de ses habitants, déserté en tout cas de la quasi-totalité de ses candidats, partis chercher un repos bien mérité, une jeune fille, une Chinoise, dont on n'a pas retenu le numéro de dossard (qui importe peu, en l'occurrence), est encore là, seule en train de travailler ses tours à l'italienne au milieu de l'arrière-scène, entourée d'un petit groupe de ses familiers, concentrée, indifférente au reste du monde... Voilà pour la carte postale lausannoise du jour...
Lausanne, jour 2.
Après une entrée en matière « en douceur », encore délestée de la pression de l'évaluation, les candidats du Prix de Lausanne ont à jongler en ce deuxième jour entre les cours de classique et de contemporain et le filage sur scène des variations classiques. Comme eux, on court fébrilement d'un studio à l'autre, de l'arrière-scène à la salle même du théâtre, saisissant ici une série d'enchaînements, observant là leurs premiers pas sur scène. Difficile de tout voir, on se contente parfois de voler quelques instants d'un cours ou d'une répétition...
Le cours de classique est aujourd'hui noté par le jury, dont les membres, installés côte à côte derrière une longue table dans le studio 2, jaugent les candidats le crayon à la main et dans une position plus conforme à leur statut traditionnel. L'ambiance se ressent de cette pression extérieure : les sourires sont parfois un peu forcés sur les visages hautement concentrés des candidats, le geste se veut plus accompli qu'à l'ordinaire, tout signe de fatigue ou de douleur est soigneusement camouflé, et les regards adressés au jury miment, au choix, la fierté de danser, l'autorité ou l'assurance... A part ça, c'est un vrai plaisir de regarder Cynthia Harvey marquer les différents enchaînements avec les candidates les plus âgées, tant son geste simplement esquissé paraît tout à la fois élégant, précis et accompli... C'est là que l'on comprend le sens de la notion de « modèle » et que l'on mesure en même temps le chemin qui reste à parcourir pour toutes ces jeunes danseuses, aussi belles, talentueuses et douées soient-elles...
Du côté des garçons, beaucoup d'enthousiasme se dégage du petit groupe des 15/16 ans. Impossible en tout cas de faire la fine bouche en les regardant reprendre les enchaînements complexes concoctés par Patrick Armand, riches de sauts, de batterie et de pas intermédiaires, exigeant précision et vélocité. Deux par deux, à gauche, à droite, à droite, à gauche, le jury de Frank Andersen en redemande, les candidats obtempèrent, et nous avec. Et parmi ces huit, il y en a sans doute un, tout particulièrement, qui a de quoi rendre un public, aussi réduit soit-il, heureux... On taira son nom pour l'instant. Just looking forward to seeing him again...
En même temps que se déroulent les différents cours, tous les candidats sont invités, par sexe et par groupe d'âge, à filer leur variation classique sur la scène du théâtre. Cinq minutes par candidat, cinq minutes pour s'essayer, cinq minutes pour tenter de se placer dans un environnement inédit, cinq minutes où l'on peut encore oublier de devoir convaincre à tout prix. Effet peut-être du nouveau sol en pente aménagé dans le grand studio auquel les candidats ont été frottés dès hier, aucune chute, aucune hésitation franche n'est à relever comme l'an dernier dans les mêmes circonstances... Pour le reste, le travail stylistique pourra être affiné dès demain auprès des répétiteurs. Mais laissons la journée se terminer à son rythme : pendant que nous écrivons résonnent encore de la scène les notes des Sylphide et autres Don Quichotte...
Du studio aux feux de la rampePosted in Blog 2010 FR on Janvier 27, 2010 by Administrator |

Chaque mois, nous vous présentons une personalité de la danse ayant un rapport avec le Prix de Lausanne.


