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Au troisième jour du Prix, la neige tombe sur Lausanne. Sur les hauteurs de la ville, le Théâtre de Beaulieu ressemble à présent à un sanctuaire. Une sorte de camp retranché, protégé du froid, lumineux, ignorant de la rumeur extérieure et des ennuis du monde. Une petite société s'est recréée ici, vivant de sa vie propre, travaillant, riant, souffrant à son rythme.

Pour les candidats, l'effort trouve enfin à s'incarner sur scène. Le filage des variations classiques leur a permis hier de s'accoutumer à la scène en pente et de trouver le placement adéquat. Aujourd'hui, le travail gagne en profondeur grâce aux répétiteurs qui viennent leur apporter corrections et conseils personnalisés. Toute la journée, le théâtre retentit des musiques de Minkus, d'Adam ou de Tchaïkovsky, rejouées jusqu'à la nausée à grand renfort de haut-parleurs. Et pendant ce temps-là, le jury de M. Andersen travaille lui aussi... Dans le grand studio, on évalue le cours de contemporain...

Entrée en scène ce matin des garçons de 17/18 ans, pris en main par Patrick Armand, cette fois en tant que répétiteur. Au hit-parade des variations : Basilio encore et toujours - avec des résultats plus ou moins heureux lors de ces répétitions -, mais aussi Albrecht, et surtout James... Les candidats de l'édition 2009 l'avaient presque oublié, on ne pourra que se réjouir d'un retour en force de la technique romantique, a fortiori en cette année danoise... La variation de Bournonville, d'une complexité vraiment dansante, réserve du reste quelques jolies surprises en termes de prestations... On est loin des exploits circassiens des Corsaire de théâtre, mais on y apprécie d'autant plus le travail de précision tout en finesse et en musicalité qu'elle exige. Au rayon des corrections,  pas de pitié pour les imprécisions techniques ou le défaut de propreté dans le mouvement : Patrick Armand se montre d'une rigueur extrême, notamment pour le placement dans les sauts ou les tours – soumis parfois à rude épreuve -, n'hésitant pas à faire reprendre aux candidats partie ou totalité de leur variation.

Séance de répétition pour toutes les filles, regroupées encore par tranche d'âge, tout de suite après le déjeuner. Viviana Durante, l'ancienne étoile italienne du Royal Ballet, fait son entrée dans la compétition lausannoise, succédant à Monique Loudières au poste de répétitrice. Coppélia  et la troisième Ombre toujours plébiscitées chez les plus jeunes, et, petite nouveauté de l'année, gros succès d'Aurore chez les plus âgées, en marge des Kitri et autres Gamzatti... Peut-être les candidates savent-elles que Viviana a justement été filmée jadis dans La Belle au bois dormant... Les corrections sont d'ordre technique bien sûr, mais plus encore stylistique. Et à vrai dire, la variation de Giselle, notamment, en a parfois bien besoin... Plus de simplicité dans le geste, moins de maniérismes dans les bras ou les mains, des levers de jambe moins spectaculaires... Le professeur a l'oeil exercé et la correction sereine, mais impitoyable... Parfois, l'on se dit aussi que telle ou telle candidate, au-delà de ses évidentes qualités professionnelles, n'a pas toujours su choisir la variation la plus conforme à son tempérament et à ses dons.

Au fait, et les variations contemporaines?... Le classique, c'est bien, mais quid de Cathy Marston et Christopher Wheeldon, les nouveaux chorégraphes du Prix de Lausanne?... Eh bien, le mystère sera levé dès demain...

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